
Le cyberpunk est un genre qui sonnait à mes oreilles comme un peu vieillot, assez superficiel et clairement dépassé, loin de ce que je lis habituellement et surtout de ce que j’apprécie comme esthétique. Et ce dernier point est toujours vrai, en ce qui me concerne. Mais pour le reste… Eh bien la lecture de ce passionnant essai d’Antoine Daer a su m’embarquer dans les méandres du cyberpunk et de son univers.
(livre offert par les éditions Actusf, merci ❤️)
Ma lecture de Futurs no future, que reste-t-il du cyberpunk ? (que j’appellerai Futurs no future dans cette chronique pour des raisons de simplicité) a été passionnante, dense et instructive : je n’ai jamais autant souligné, annoté de passages et corné de pages*.
Moi qui en savais au final assez peu à propos de ce genre artistique, j’ai été inondée par les références proposées par Antoine Daer, l’auteur. Bande dessinée, cinéma, littérature (bien entendu) : tout est là pour tenter de définir un genre très particulier. J’ai été impressionnée par la connaissance de l’auteur concernant ce genre : Futurs no future est une référence à propos de cette question, c’est sûr.
Comme je l’ai écrit plus haut, je ne suis toujours pas une fan du genre littéraire. Trop plausible pour moi dans une certaine mesure peut-être. Mais j’ai vraiment apprécié l’analyse politique proposée par l’auteur. L’histoire du genre mise en parallèle avec la nôtre aussi. Apprendre que le libertarianisme de l’extrême droite technofasciste américaine de nos jours a ses racines dans le mouvement hippie de la Silicon Valley, découvrir l’importance du terme « punk » dans le genre cyberpunk et surtout voir à quel point le genre a des résonnances à notre époque actuelle.
Mais ce que j’ai trouvé paradoxalement rassurant, c’est que ces échos concernent aussi les luttes citoyennes :
L’époque actuelle déborde de nouvelles matières à récit, qui concernent absolument les grands thèmes du cyberpunk : humanité connectée, luttes de pouvoir, médias, illusions et propagande, domination technocapitaliste, technofascisme, luttes d’émancipation, backlash. (page 388)
Il s’agit d’autant de thématiques auxquelles je m’intéresse, tant elles sont inquiétantes et imbibent la politique occidentale d’aujourd’hui. Mais il s’agit d’un sujet qu’on ne peut écarter tant les risques pour nos démocraties sont grands. Car les grandes entreprises de la tech américaines et chinoises ressemblent quand même beaucoup à des versions antiques des mégacorporations esquissées dans les oeuvres cyberpunk. La littérature dépasse la fiction, comme on dit.
Les plateformes, des réseaux hégémoniques, propriétaires, centralisés, verrouillés, colonisateurs et mercantiles, pressant chaque humain sur la planète pour lui soutirer des données personnelles revendues sous forme de ciblage publicitaire à des annonceurs argentés. La formule a fait recette, créant plusieurs des plus grands empires de l’époque, Meta, Amazon, Microsoft, Google, Pornhub, (…) comme les fiefs d’un nouveau « technoféodalisme » basé sur la captation plutôt que le capital, et dont nous serions les serfs. (pages 250-251)
Passionnant, je vous avais dit. Un autre type de réflexion a toutefois retenu mon attention et m’a fait tiquer. L’auteur se penche sur ce qu’on appelle récits de « futurs désirables », promus par beaucoup pour contrer la « morosité » (le terme est faible) des récits actuels dans lesquels il semble plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme, cette expression que j’adore n’est pas de moi. Avant ma lecture de Futurs no future, je souscrivais totalement à cette nécessité (j’adore et plebiscite les écrits de Becky Chambers, notamment sa série du Moine et du robot). Et dans une certaine mesure, je pense toujours nécessaire l’existence de tels récits (littéraires, mais pas que). Néanmoins, les propos de l’auteur, qui inscrit cette « nécessité » dans un discours libéral m’a fait réfléchir et reconsidérer la question. Merci Antoine donc, d’avoir enrichi ma réflexion à ce sujet particulier. « Mieux vaut une fiction complexe que cent leçons de morale », écrit-il très justement.
En bref
Avis aux fans du cyberpunk, mais pas que. Celles et ceux qui s’intéressent à la situation politique actuelle sont toustes invité·es à découvrir au plus vite cet essai complet, passionnant et instructif.
Futurs no future, que reste-t-il du cyberpunk ?.- Antoine Daer.- Ed. Actusf.- 520 pages.- Disponible
* Je fais partie de ces gens, déso pas déso.