
Ce n’est pas rare que je m’étonne auprès de mon compagnon de vie qu’il ne pense pas à telle ou telle chose. Ou qu’il se moque (gentiment) de moi lorsque je dis quelque chose « que je n’aurais pas pensé dire aujourd’hui ». Ce qui est encore plus fréquent, c’est de me demander si c’est autant le bordel dans mon esprit que dans celui des autres.
Il y a quelques mois, j’ai découvert Mrs Dalloway, un roman écrit par Virginia Woolf en 1925. J’ai adoré cette histoire. L’autrice y décrit le quotidien d’une femme de la haute société de cette époque. Et ce que j’ai surtout aimé, c’est le véritable tourbillon dans lequel Woolf nous entraîne. Pour la première fois, un roman a su saisir la façon dont fonctionne ma pensée.
Parce que c’est souvent un tourbillon là-haut : une pensée chasse l’autre, je fais des associations d’idées, je me crée des scénarios catastrophe à propos d’une situation a priori très banale mais qui pourrait bien déraper… Je suis une grande anxieuse, donc ça turbine.
J’ai l’impression que mes pensées sont pareilles à ces herbes folles et ces fleurs des champs qui poussent où elles veulent et comme elles veulent, mais qui donnent de belles fresques sur le bord des champs. Elles se laissent bercer par le vent et déposent des graines qui deviendront à leur tour peut-être d’autres plantes sauvages, peut-être pas. Ainsi va la vie et j’aime ce cycle sans fin.
Mais c’est aussi là que naissent mes écrits, mes idées, mes poèmes, ce qui fait ma magie. Souvent par associations d’idées, parfois inspirée par une lecture (qui peut n’avoir aucun lien), un paysage, un geste. Je crois que je suis fascinée par la manière dont l’enchaînement d’événements peut créer des textes qui reflètent exactement ce que je ressens. J’aime observer mon processus créatif, et aussi découvrir celui des autres créateurices pour constater les similarités et les différences entre nous.
Ce n’est pas rare, comme je l’écrivais en introduction, que je me demande à quoi peut bien ressembler la tête de celles et ceux qui réussissent à s’organiser. Genre, faire et respecter des to-do listes, planifier les repas de la semaine… Sans rire, je n’écris pas ça pour me moquer, ça me fascine sincèrement. Pour reprendre l’exemple des plats de la semaine, je n’arrive jamais à m’y tenir. Parce que quand j’essaie de me tenir à un planning, ça part en chaos créatif (disons ça comme ça). Je finis par tout faire, si je ne planifie pas. Alors quand il faut planifier quelque chose, une journée par exemple, j’ai besoin de me poser pour réussir à créer quelque chose qui tient la route. Et quand on vit avec quelqu’un de carré, c’est un passage obligé !
Pendant longtemps, j’ai voulu corriger cette manière de faire, cet esprit qui tourbillonne à 1 000 à l’heure. Car c’est ainsi que va le monde, carré, prévu. Puis j’ai arrêté (excepté dans des cas qui me facilitent le quotidien), car la vie n’est qu’imprévus et changements. Alors plutôt que de me montrer rigide, je trouve que le côté « flex » (les jaloux·ses mauvaises langues diront brouillon) s’adapte bien à l’impermanence de l’existence, non ?
Peut-être un jour, je serai capable de planifier « comme il se doit » mon existence. Mais en attendant, ça me plaît bien, alors je continue comme ça !