Il y a des choses qu’on n’apaise pas avec de la méditation


Pensées / mercredi, mai 4th, 2022

On l’entend souvent, ce « non mais médite, ça ira mieux ». Sauf que non. Parfois…

Y’a clairement des trucs qui ne passent pas.

Je n’ai pas pour habitude de traiter ce genre de sujet sur ce blog. À l’origine, il a été conçu pour véhiculer de jolies choses et du positif. Mais ça, c’était avant que je prenne conscience que le « toujours positif » n’était pas forcément une bonne chose. Bien au contraire, même.

Alors c’est sûr, essayer autant que possible de voir le bon côté des choses est un pli à prendre pour qu’elle puisse être un peu plus belle. Mais ce n’est pas avoir une vision complète de la vie. La vie, elle est remplie de belles choses, mais aussi de trucs moins cool, tristes et surtout carrément révoltants. Les inégalités de genre, le racisme, le sexisme, l’urgence climatique et l’inaction globale à ce sujet…

Sérieusement, j’te jure qu’il y a de quoi hurler. Et ce qui met en colère, c’est difficile à faire partir ou à apaiser avec de la méditation, aussi longue soit la séance. Tout ça me met en vrac, me fait bouillir, me fait tempêter, mais souvent en mode mineur.

Pourquoi ?

Parce que je suis persuadée que ma voix seule n’aura pas d’impact, que je ne suis pas légitime et que de toute façon, je vais me prendre un retour de flamme beaucoup plus véhément. Et surtout, parce qu’on m’a appris à ne pas trop élever la voix, des fois que je dérangerais. Puis les petites filles sont sages, elles n’élèvent pas la voix.

Et comme je n’en parle à personne, je me sens seule avec ces émotions qui bouillent. Je mets de l’eau dans mon vin, au sens figuré, j’agis à mon échelle en essayant d’être la plus exemplaire possible, même si rien n’est parfait, j’écris. Bref, tout sauf d’expulser ma colère comme une louve hurle à la Lune.

Rien que d’écrire ça, la colère monte.

Il y a aussi des sujets de colère dans lesquels je ne sais pas, paradoxalement, me placer. Même si je fais face à des discriminations en tant que femme, je suis blanche et donc pas en butte au racisme, par exemple. Pareil en tant que femme cis hétéro. J’ai envie d’aider, envie de faire reculer ces choses inacceptables. Parce que je n’en peux plus d’assister à des scènes et des « blagues » qui se sont tellement banalisées que – presque – plus personne ne réagit.

Peut-être que je ne sais pas au juste comment m’y prendre. Que mon hypersensibilité m’empêche d’évoquer des sujets qui me touchent trop posément. C’est probable. Mais c’est surtout que je suis consciente que la parole d’une femme, quand bien même le sujet la concerne au premier chef, n’est que trop rarement prise au sérieux. Et pourtant, « il suffit d’écouter les femmes », comme le disait Simone Veil : sur de nombreux sujets, nous avons notre mot à dire. Certaines le font, ce sont des modèles pour moi. Mais nous n’avons que trop peu de place dans l’espace public pour nous faire entendre comme on devrait l’être*.

Il y a quelque temps, j’ai lu Vénère, de Taous Merakchi. Et là, je suis tombée à la renverse. Non pas d’apprendre ce que la plupart de nos sociétés actuelles font vivre aux femmes, mais surtout parce que je ne suis pas seule à avoir la colère brouillonne, en fusion, sans pouvoir la faire sortir.

Extrait pris « sur le vif » de l’essence de Vénère écrit par Taous Merakchi.

Et même si ce ne sont que des mots, ça fait du bien à lire. En bref, il n’y a rien de très neuf sous le soleil de ma colère. Les mêmes sujets qui restent et dont le feu, pour reprendre l’image de l’autrice de Vénère** n’est pas près de s’éteindre.

Mais déjà, l’écrire, ça fait du bien.

À bientôt !

* Si tu veux en savoir plus à ce sujet, je t’invite à lire Présentes, de Lauren Bastide.

** Sérieux, lisez-le.

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